Notre saint Patron, saint Dominique :

La vie et le rôle de Saint Dominique sont directement liés aux conditions historiques et religieuses de la France au XIIIème siècle. Vers l'an 1100, le vieux monachisme bénédictin que Cluny représente est à son apogée. Mais sa richesse et sa puissance nuisent à sa valeur d'exemple spirituel. Les abbés vivent parfois en grands seigneurs, accaparés par les mondanités et les soucis administratifs. Ce laissez aller faisait dire à Abélard : " Nous qui devrions vivre du travail de nos mains, nous nous abandonnons maintenant à l'oisiveté, cet ennemi de l'âme, et nous tirons notre subsistance du travail d'autres hommes ".


DÉSORDRE DANS L'ÉGLISE

S'y ajoutait une ignorance lamentable des prêtres et du peuple chrétien. Cette situation critique, suscita l'apparition d'un monachisme nouveau, marqué surtout par l'ascétisme d'un Saint Bruno et des chartreux, d'un Saint Robert et des ermites du Bois de Molesnes, recherchant encore plus la solitude. Tous reviennent à la stricte observance de leur règle. Amorcée par le mouvement grégorien, la réforme du clergé séculier était aussi indispensable. La course aux prébendes sera un scandale pour les chrétiens. Ce relâchement favorisa la naissance des hérésies vaudoises et cathares. Un certain nombre d'hérétiques menèrent un vie rigoureuse mais tous oublièrent que c'est par l'Église que l'on sauve l'Église. L'hérésie se répandant, il fallut la combattre vigoureusement D'où la création des frères prêcheurs


JEUNESSE DE DOMINIQUE

Dominique de Guzman est né en 1170, à Caleruega, village de Vieille Castille, hors du pays qui sera le théâtre de son apostolat. La famille Guzman est noble et pieuse. Les deux frères aînés de Dominique se consacreront aussi à Dieu : Antoine, au service des malades pauvres, Jannés sera frère prêcheur. Avant même sa naissance Dominique semble prédestiné à une grande mission apostolique, sa mère le vit en songe sous la forme d'un chien tenant dans sa gueule un flambeau, s'échapper de son sein pour embraser la terre. Sa vie ne revêt rien en elle-même d'extraordinaire, si ce n'est la perfection dès la petite enfance. Dominique passe ses sept premières années dans la maison familiale, élevé par sa mère. Il se distingue déjà par des traits de caractère relevés avec complaisance par ses biographes. Ainsi il quitte en secret son berceau pour s'étendre à terre. A l'âge de sept ans, ses parents le confient à un oncle curé. Enfant pieux, il prend plaisir à fleurir les autels, à chanter les hymnes et les psaumes. C'est aussi un enfant intelligent et son père décide de l'envoyer étudier aux célèbres écoles de Palencia, seule université du royaume d'Espagne. Il y passe dix ans : pendant les six premières années il se consacre à l'étude des lettres et de la philosophie, mais insatisfait de la sagesse humaine, il étudie quatre ans la théologie. Son caractère se dessine : il est de moeurs austères, s'abstient de vin, dort sur le plancher, aime la solitude et profite des jours de congé pour assimiler et repasser ses leçons. Il prie beaucoup. On le remarque pour la maturité de sa conversation. Il n'est pas ermite. Il se mêle aux autres; deux anecdotes illustrent l'intérêt qu'il sait porter aux démunis : Une famine désole l'Espagne, Dominique donne tout ce qu'il possède : vend ses livres et à ceux qui s'étonnent, il répond : " Pourrais-je étudier sur des peaux mortes, quand il y a des hommes qui meurent de faim? "; et voyant pleurer une femme dont le frère était captif des Maures, il s'offre à se vendre pour le racheter... Dix ans passent ainsi à acquérir la science nécessaire aux fonctions d'apôtre. Dominique a vingt-cinq ans et Dieu ne lui a pas manifesté sa volonté.


LA VOCATION

Mais les voies divines sont insondables, et tandis que Dominique étudie à Palencia, le siège épiscopal d'Osma, dont dépend Caléruega, est l'objet d'une véritable réforme. L'évêque convertit les chanoines de sa cathédrale en chanoines réguliers, selon la règle de Saint Augustin. Il use de la meilleure arme contre l'attiédissement : une règle et la vie commune. La réputation de l'étudiant de Palencia est parvenue jusqu'à lui, et il a résolu de convier Dominique à son chapitre. Il charge de la mission Don Diégo, le prieur du chapitre. Et c'est la rencontre entre les deux hommes. Le début d'une grande amitié ancrée en Dieu. L'histoire ne nous a rien rapporté de l'entrevue. Don Diégo parla sans doute de la situation générale de l'Église.

A son appel, Dominique ne résiste pas. Dès lors, il devient chanoine de la cathédrale d'Osrna. Modèle pour ses frères, il est très vite nommé sous-prieur, malgré son arrivée récente. Il demeure neuf ans, " jour et nuit dans l'église, vaquant sans relâche à la prière... " Notre esprit moderne s'étonne, nous voudrions brûler les étapes, Dieu prend son temps, et ce n'est qu'à trente quatre ans (sur une vie au total, relativement courte, cinquante et un ans) que Dominique semble s'acheminer vers sa haute destinée. Ce temps l'a mûri, et il est prêt. Pendant neuf ans, il s'est plié aux pratiques de la vie commune, il en connaît les difficultés, les ressorts et il n'imposera à ses frères que ce qu'il a supporté lui-même.

En 1203, s'ouvre une nouvelle page de la vie de Dominique : le roi de Castille, Alphonse VIII désire marier son fils à une princesse danoise. Le prieur d'Osma et Dominique sont chargés de la négociation. Ils traversent le Languedoc, miné par l'hérésie cathare. La mission diplomatique prend fin avec la mort de la princesse danoise, et les deux voyageurs se dirigent sur Rome, pèlerinage fréquent à l'époque. Ils viennent demander une grâce. Diego avait résolu d'abandonner l'épis­copat pour se consacrer à l'évangélisation des Cumans (peuplade barbare établie aux confins de la Hongrie) mais le pape refuse, les deux hommes retournent en Espagne. Ils font un large détour pour visiter Citeaux, où flotte encore l'ombre du grand Saint Bernard.

Don Diego prend l'habit, Dominique se réserve. A Montpellier, ils rencontrent les trois légats chargés par Innocent 111 de combattre l'hérésie. Ceux-ci sont découragés, au bout d'un an leur mission semble vaine. Les deux hommes leur recommandent davantage de pauvreté et se joignent à eux. Frère Dominique, c'est désormais son nom, Don Diego, les légats et quelques moines de Cîteaux parcourent nu pieds, sans argent, les villes et les villages du Languedoc. Les fruits tombent abondants, les conversions se multiplient. En 1207, épreuve pour Dominique, Don Diego meurt et sa disparition provoque la dispersion des éléments de la mission. Dominique reste presque seul, devant l'immense tâche à accomplir. C'est là que sa personnalité prend toute sa dimension : il est dans la pleine force de l'âge, et exerce sur son entourage un ascendant irrésistible : de taille moyenne, svelte mais robuste, c'est surtout son regard qui frappe. Il est toujours égal d'humeur, très serein, il a la paix des saints, il ne craint pas la mort et désire le martyre. A un hérétique qui lui demande : " N'as tu pas peur de la mort ? Que ferais tu si nous nous saisissions de toi ? " il répond : " je vous supplierais de ne pas me mettre à mort d'un seul coup, mais de m'arracher les membres un à un pour prolonger mon martyre ; je voudrais n'être plus qu'un tronc sans membre, avoir les yeux arrachés, roulé dans mon sang avant de mourir, afin de conquérir une plus belle couronne de martyr. " il n'échappa plusieurs fois que miraculeusement à la mort, dans ces temps troublés où la guerre sévit. En effet les prédications n'obtiennent qu'un succès relatif. Malgré un chiffre notable de conversions, la masse persiste dans son erreur. Après l'assassinat du légat Pierre de Castelnau, Innocent 111 appelle la croisade. Dominique y reste étranger, poursuivant sans relâche, son oeuvre de prédication, et organisant ses succès. il a déjà fondé le monastère de Prouille destiné " à recueillir les jeunes filles que la naissance et la pauvreté exposaient aux pièges de l'erreur. " Il est soutenu par la hiérarchie, en l'occurrence l'évêque de Toulouse. Il s'assure des Filles avant d'avoir des Fils, mais les prières de ces soeurs cloîtrées soutiendront son entreprise future.


NAISSANCE DES FRÈRES PRÊCHEURS

Dix ans s'écoulent encore avant que surgissent les prêcheurs. Dominique infatigable parcourt la contrée en tous sens, pour la gagner uniquement par la persuasion à la doctrine qui pacifie individus et peuples. Il est aidé par quelques compagnons, mais aucun bien, hormis l'amitié, ne les unit à lui. En 1215 la nouvelle étape est franchie. A Toulouse, qu'il a choisi pour centre d'action, il rencontre deux hommes, Pierre Cellani et Thomas, nécessaires pour asseoir les fondements de l'ordre des prêcheurs Pierre donne sa maison de Toulouse et le 25 Avril, Dominique y réunit ses six premiers disciples. Tous désormais observeront un genre de vie semblable et seront astreints à suivre une certaine règle. ils ont le même habit que Dominique, celui des chanoines réguliers, une tunique de laine blanche, un surplis de lin, une chape et un capuce de laine noire. Foulques, l'évêque de Toulouse, les protège toujours, les institue " prédicateurs de notre diocèse " et leur assure des revenus importants. Avant de mourir, Dominique, par esprit de pauvreté, y renoncera délibérément. Dominique se rend à nouveau à Rome. Le Pape est quelque peu réticent, et ceci pour deux raisons - jusqu'à présent le ministère de la prédication est exclusivement réservé aux évêques ou à leurs délégués immédiats, d'autre part pour enrayer la multiplication des ordres, le concile de Latran IV (1215) vient de décider solennellement qu'aucun nouvel ordre ne serait fondé. Un songe émeut Innocent 111 et le convainc : la basilique Saint jean de Latran lui apparaît menacée par la ruine, frère Dominique s'arc boute entre les murs branlants et réussit à la sauver. Le Pape, dès lors, est acquis à sa cause, et tourne les difficultés en demandant à Dominique de choisir parmi les règles existantes celle qui convient le mieux à sa communauté. Dominique choisira celle de Saint Augustin, son cadre est suffisamment large pour permettre la rédaction des Constitutions spéciales au nouvel ordre. Honorius 111, successeur d'Innocent 111 décernera officiellement à l'ordre le titre de prêcheur, Sitôt reçus les voeux solennels de ses frères, Dominique les répartit dans un champ d'apostolat précis. Son temps se partage entre des séjours à Rome, la fondation de nouveaux couvents, et la visite de ses frères. En 1220 l'ordre est déjà répandu dans presque toute l'Europe. Dominique n'en requiert aucune fierté. Au premier chapitre général, il annonce qu'il " mérite d'être déposé, car je suis, inutile et relâché "


MORT DE SAINT DOMINIQUE

Il s'éteint en 1221, sans cesser son activité ni sa vie de prière. A Bologne, il veut assister à l'office canonial et passe, comme à l'accoutumée sa nuit en prière, ne se couchant que le matin. il refuse le lit qu'on lui offre, pour se coucher sur un sac de laine ; il rassemble sa communauté, exhorte les novices à la parfaite observation de la règle, fait une confession générale devant les plus anciens, révélant le secret qu'il a toujours gardé, celui de sa virginité intacte. [BBBB] Il ne possède rien mais désire laisser quelque chose à ses disciples ; " Voici l'héritage que je vous laisse comme à mes disciples: ayez la charité, gardez l'humilité, conservez la pauvreté volontaire ". Il meurt, couché sur la cendre, le visage tourné vers l'Orient, le 6 Août 1221, et demande à reposer sous les pieds de ses frères. Ainsi, s'achève la vie de celui que nous voulons pour patron, le saint missionnaire.

 
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