La réincarnation, ou métempsychose, est une doctrine philosophique qui enseigne la transmigration de l'âme, la considérant suffisamment indépendante du corps pour ne pas lui être liée d'une façon exclusive. Après la mort, elle est unie à un autre corps pour commencer une autre vie. L'âme est semblable à un homme qui devrait déménager régulièrement. A la date fixée, il ne quitte une maison que pour aller en habiter une autre. La métempsychose se distingue de la réincarnation en ce qu'elle admet la migration des âmes dans les animaux et les plantes, tandis que cette dernière la restreint au genre humain.
Dans le monde occidental, la notion d'âme s'est constituée lentement et ne remonte pas à la nuit des temps. On peut suivre les étapes qui jalonnent l'émergence d'un principe spirituel du vivant et qui aboutissent à sa justification philosophique par Platon et Aristote. Souvent remise en cause dans les écoles postérieures au profit de théories matérialistes ou mécanistes de l'âme, mais reprise avec éclat par le néo-platonisme, cette notion de l'âme a trouvé dans le judéo-christianisme son achèvement.
Il s'ensuit alors un processus d'unification de ces deux sens de l'âme qui sera achevé au 6° siècle avant JC avec des philosophe comme Anaximène, Anacréon, Simonide... Une révolution dans l'anthropologie s'est opérée : corps et âmes sont corrélatifs, l'âme est chez elle dans le corps.
Cependant avant l'arrivée de platon, l'introduction du chamanisme (après l'ouverture du commerce à la mer noir) dans la civilisation hellénique va changer la conception du rapport entre âme et corps, corps et âmes sont mis en opposition radicale. Ils pensent que l'âme a une origine divine et qu'elle peut quitter le corps par des techniques appropriées, que cette âme existait avant le corps et durera après lui, et que l'âme est mis dans un corps qui a des activités inverses. Dans cette psychologie, il y a un dualisme entre le corps et l'âme.
La nouvelle anthropologie se compose de trois éléments résultant chacun d'une interprétation moralisante des pratiques des chamans ;
Ces trois éléments se relient logiquement. Si le corps, c'est le mal, il faut le mépriser, le réduire pour libérer l'âme. Cette purification se fait progressivement par le moyen des réincarnations successives qui purgent l'âme et l'amènent enfin à la délivrance du cycle des naissances et au retour à son origine divine.
À la fin du Ve siècle, en Grèce, la notion d'âme, principe spirituel du vivant, d'origine divine, promise à l'immortalité, faisait partie des croyances bien établies. La philosophie allait maintenant lui donner un fondement rationnel.
Platon organise sa doctrine de l'âme dans une véritable psychologie, pour nous enseigner la vraie nature de l'âme et les arguments qui fondent son immortalité, il développe quatre preuves :
Dans ces raisonnements, on perçoit bien la tradition platonicienne qui pose une opposition entre le corps et l'âme, en effet la doctrine des idées implique que l'âme, avant son entrée dans le corps, a contemplé le monde intelligible et pour contempler le monde intelligible il faut une intelligence, pensée de l'intelligible, qui est nécessairement éternelle comme l'idée. Contrairement au corps qui appartient au monde matériel et qui est corruptible et source d'illusion. Et c'est la condition corporelle de l'âme qui entraîne sa chute, et ce n'est que par le cycle des naissances, qu'elle peut se purifier petit à petit, en parvenant à la maîtrise parfaite de ses puissances inférieures.
Dans la théorie d'Aristote l'âme est ce qui permet d'actualiser le corps, à la question qui es tu ? (qui est une question ontologique) tu ne peux répondre Socrate que parce que tu as une âme qui actualise ton corps (ta matière a une forme), et tout ce qu'une personne réussit à faire exister (faire passer de la puissance à l'acte) est comptabiliser par l'âme, cette comptabilité change d'une personne à une autre. Dans l'âme il y a l'intellect, grâce auquel on peut participer au chose divine, c'est la particularité de l'homme, qui fait qu'il n'est pas seulement obligé de penser aux choses des hommes mais peut transcender sa propre nature. Pour Aristote c'est l'intellect qui est immortelle et survit à la mort du corps.
Le Stoïcisme : L'univers possèderait une énorme âme, l'âme humaine ne serait qu'un petit bout de cette grande âme qui retournerait au grand tout après la mort, on aurait donc tous la même origine et la même fin.
Les Epicuriens : Le corps et l'âmes seraient un agencement d'atomes provisoire, les uns plus épais, et les autres plus subtils, mettant fin à un destin qui n'a aucun droit à l'immortalité.
Dans le néo-platonisme, l'âme serait une des trois hypostases divines et de ce fait est de nouveau conçue comme immatérielle et éternelle.
Enfin pour certains mouvement néo-platoniciens, les âmes ne vont plus chez Hadès (c'est à dire dans la terre) comme le pensait Platon, mais montent dans le ciel. D'autre part il y a autant d'âmes que d'étoiles dans le ciel, c'est à dire une quantité fini, ce qui impose la doctrine de la métempsychose, avec un temps qui serait cyclique (impossibilité d'une histoire), car un temps linéaire implique une infinité d'âme.
A l'inverse de cette théorie, les chrétiens, pensent que le temps est linéaire, et que Dieu crée perpétuellement de nouvelles âmes, jusqu'à ce qu'il soit « fatigué ».
Mais c'est en Inde et en Extrême-Orient que la théorie de la réincarnation trouve sa terre de prédilection et connaît un succès prodigieux. Notons tout d'abord que les livres védiques, apportés par les Aryens dans le nord du pays (2000 ans avant Jésus-Christ), ne fournissent aucune trace de métempsychose. Celle-ci n'apparaît qu'avec les Upanishads (700 ans avant Jésus-Christ).
Cette morale est sous-tendue par un premier principe : le bonheur des âmes consiste en une fusion avec l'âme universelle du tout. L'acte bon est celui qui favorise l'anéantissement de la personnalité, des appétits, de l'activité propre. Et, puisque la source de tout mal est la soif d'existence, l'acte mauvais est celui qui la nourrit. Tant que la somme des actes mauvais n'est pas compensée par celle des actes bons, l'âme devra renaître à une vie terrestre. Elle sera libérée de cette fatalité quand elle aura éteint tout désir d'exister, quand elle aura atteint l'inaction absolue, le vide complet. C'est alors l'absorption dans l'âme universelle (le brahma) ou nirvâna.
Le bouddhisme en Chine reprend la même pensée en la radicalisant. Comme son prédécesseur, il poursuit la destruction de la personnalité, mais semble ignorer l'âme suprême pour ne s'intéresser qu'au nirvâna en lui-même. Il accentue donc le nihilisme hindou. Des méthodes ascétiques très austères sont établies pour réaliser ce néant et permettre la réminiscence des vies passées.
En Orient comme en Occident, la métempsychose nous apparaît donc comme un phénomène en expansion continue. Rien ne semble pouvoir entraver sa progression. Rien, sauf le christianisme. En effet seul l'essor formidable de l'Église dans les deux premiers siècles de notre ère a pu donner un coup d'arrêt à cette doctrine. Partout où l'Évangile a été prêché, elle tombe dans l'oubli ou doit se cacher.
En Occident, nous la voyons se réfugier dans la cabale juive du 2e siècle. Toute âme, enseigne-t-elle, possède en elle-même le principe de son propre perfectionnement qui doit la conduire jusqu'à la substance divine où elle entrera après une ou plusieurs vies terrestres.
Les gnostiques reprennent la même conception dynamique de la réincarnation. Celle-ci n'est plus seulement une punition pour les fautes des vies passées, mais une étape de l'ascension de l'âme vers la divinité par la mise en œuvre de son propre dynamisme intérieur.
Véhiculée par la cabale et la gnose, cette pensée est reprise au 16e siècle par le mathématicien Jérôme Cardan (1501-1576) et le philosophe Giordano Bruno (1548-1600). Le 19e siècle en fournit plusieurs adeptes notoires, mais c'est surtout avec la théosophie et l'anthroposophie au 20e siècle que le mouvement prend une véritable ampleur.
Tel est, par exemple, l'enseignement de Rudolf Steiner, fondateur de l'anthroposophie : « Quand on dépasse l'illusion du JE terrestre habituel, écrit-il, quand on atteint à la vision spirituelle, on parvient à reconnaître le JE tel qu'il a traversé le monde spirituel entre la mort et une nouvelle naissance, comment au sein de ce monde doté d'impulsions morales il s'est comporté en fonction de sa précédente vie terrestre et comment il introduit dans la vie terrestre actuelle tout ce que nous voyons s'exprimer alors dans les inclinations de l'être humain (...) ». « Lorsque je regarde une plante, il m'est possible de percevoir qu'elle porte en elle un élan vital durable qui réapparaîtra dans une autre plante lorsque la première sera depuis longtemps réduite en poussière .»
En tant que catholique on peut affirmer que la réincarnation n'existe pas car on en trouve aucune trace dans la tradition et dans les saintes écritures. Pour être précis dans toute l'histoire de l'église un seul docteur, Origène (185-254), a soutenu la thèse de la réincarnation, car il s'inspirait beaucoup des idées de Platon. Sa doctrine fut condamnée en 402 par un concile.
De plus elle est explicitement condamnée par l'Eglise. Le commission théologique du concile Vatican II réserve un article pour condamner la réincarnation: « Très étroitement liée au spiritisme est la théorie de la réincarnation, dans laquelle revivent certaines croyances antiques venues du paganisme concernant la métempsychose ». Elle fut explicitement condamnée par le IIe concile de Constantinople, en 553. Le IIe concile de Lyon, en 1274, et le concile de Florence, en 1439, condamnèrent indirectement la théorie du passage de l'âme d'un corps humain dans un autre en affirmant que le jugement définitif a lieu tout de suite après la mort.
« Mais l'erreur, telle la mauvaise herbe, repousse sans cesse avec de légères variantes destinées à la rendre nouvelle et donc plus facilement acceptable ; elle change simplement de nom ». La vigilance de l'Église ne se laisse pas abuser et la réincarnation, présentée sous les fausses apparences scientifiques de la théosophie, a été condamnée, elle aussi, par le Saint-Office en 1919 .
Le concile de Constantinople s'exprime ainsi :
« Si quelqu'un dit ou pense que les âmes des hommes préexistent, en ce sens qu'elles étaient auparavant des esprits
et des saintes puissances qui, lassées de la contemplation de Dieu, se seraient tournées vers un état inférieur ; que,
pour ce motif, la charité de Dieu se serait refroidie en elles, ce qui les a fait appeler en grec "âmes", et qu'elles
auraient été envoyées dans des corps pour leur châtiment, qu'il soit anathème. »
Mais essayons d'aller plus loin, nous verrons qu'à elle seule, la réincarnation contredit un grand nombre
d'article de foi :
Saint Paul affirme nettement dans l'épître aux Hébreux : « C'est la destinée de l'homme de mourir une seule fois, et après cela vient le jugement.
De nombreux documents du magistère confirment cette doctrine. Le deuxième concile de Lyon (1274) enseigne que les âmes qui n'ont pas suffisamment satisfait pour leurs fautes sont purifiées après la mort, « post mortem purgari ».
Les saints, quant à eux, sont tout de suite accueillis au ciel, « mox in cœlum recipi », ceux qui meurent en état de péché mortel sont immédiatement jetés en enfer, « mox in infernum descendere »
Le Catéchisme du concile de Trente dit : « Le premier jugement arrive au moment où nous venons de quitter la vie. A cet instant même, chacun paraît devant le tribunal de Dieu, et là il subit un examen rigoureux sur tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit, tout ce qu'il a pensé pendant sa vie. C'est ce qu'on appelle le jugement particulier. »
La théorie de la réincarnation apparaît donc comme une tentative d'éviter un jugement inexorable.
Certaines personnes disent alors qu'elles admettent le jugement particulier, mais que le jugement particulier est sanctionné par une réincarnation, contrairement au chrétien qui pensent que la sanction est le purgatoire. Car à la mort notre est fixé dans un état d'amour du bien ou au contraire de haine, mais même dans le premier état, nous avons encore des fautes à expier.
Les élements signifiant l'existence du purgatoire :
L'existence du purgatoire est donc acquise pour le catholique.
L'existence de l'enfer est enseignée avec trop d'insistance dans l'Évangile pour qu'il faille s'y attarder. L'histoire du mauvais riche et du pauvre Lazare résume cet enseignement : « Le riche mourut aussi, et on lui donna la sépulture. Dans l'enfer, il leva les yeux et, tandis qu'il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et il s'écria : "Abraham, notre père, aie pitié de moi, et envoie Lazare pour qu'il trempe dans l'eau le bout de son doigt et me rafraîchisse la langue ; car je souffre cruellement dans ces flammes". Abraham répondit : "Entre nous et vous, il y a pour toujours un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent, et qu'il soit impossible de passer ici du lieu où vous êtes." (Lc 16, 19-31)
Ici, pas moyen d'en douter, elle constitue même la base de notre croyance comme l'explique saint Paul : et de la même manière que la mort a été introduite par un seul homme, la vie a été réintroduite par Jésus-Christ et notre propre résurrection sera à l'image de la résurrection de Jésus-Christ qui a récupéré son propre corps, qu'il avait eu toute sa vie sur terre.
Les conséquences de l'idée de réincarnation, spécialement en Inde, ne peuvent qu'éveiller les soupçons. Tel homme est malade, à quoi bon le guérir ? Ce n'est que justice, il paie la dette de ses fautes passées. Il faut accepter le cours des choses sans y rien changer. On sait les fruits de ce fatalisme.
Mais refuser la souffrance de l'innocent, c'est donc rejeter le juste qui souffre par excellence, Notre Seigneur Jésus-Christ, le Très-Haut, le Saint, le Verbe éternel qui vient nous chercher en pleine misère et porte le péché du monde.
Pour préparer nos cœurs à cet événement si déroutant, Dieu nous en a donné une préfiguration dans le saint homme Job. Cet homme était « intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal » (Jb 1, 1). Dieu permit qu'il fût affligé de tous les maux par le démon. Il perdit ses enfants, tous ses biens et fût accablé des maladies les plus rebutantes. Il ne manqua pas d'amis pour lui représenter gravement que ces fléaux ne pouvaient être que le prix de fautes cachées. Mais Job resta serein sous ces nouvelles humiliations et mit sa confiance en Dieu qui connaît le fond des cœurs. Et Dieu bénit Job pour sa constance, il le « rétablit dans son premier état et lui rendit le double de tous ses biens » (Jb 42, 10).
Pour celui qui a la foi, la souffrance n'est donc plus une occasion de chute, elle est une collaboration à l'œuvre du salut. Elle peut être recherchée volontairement pour réparer, par amour, les offenses faites à Dieu et être unie au Christ souffrant. Elle n'est pas nécessairement liée au démérite des âmes, mais peut être au contraire le signe d'une prédilection de Dieu.
Dans les années soixante, avec la fascination pour l'Inde, cette expansion prend l'allure d'une vaste contagion. On assiste alors à une véritable campagne orchestrée par tous les moyens de communication. Les livres se multiplient, les témoignages les plus troublants passent sur les ondes et sur les écrans . Bientôt le « Nouvel Age » en fait un de ses thèmes favoris et lui donne le soutien efficace de son organisation et de ses finances. Propagande qui aboutit au succès formidable que nous constatons à l'heure présente.
La notion de réincarnation est populaire pour plusieurs raisons : d'abord il semble que certains individus qui nuisent aux autres par leur comportement ne souffrent pas du tout ; c'est une forme d'injustice, il faudrait donc qu'il y ait une vie future pour que ces gens puissent en quelque sorte payer en échange du mal qu'ils ont commis.
L'autre raison c'est que la durée de la vie terrestre est trop courte pour à elle seule décider de l'éternité. Nous vivons 50, 60 , 70 ans seulement et nous voudrions avoir d'autres possibilités pour réussir à être en harmonie avec Dieu, pour prouver que nous sommes capables de vivre mieux.
Une autre raison c'est la peur du néant. Si ce corps disparaissait, recommencer dans un autre corps plus sain, ce serait comme de changer de vêtement. Il faut donc qu'il y ait d'autres vies pour continuer et ainsi la notion de réincarnation est très réconfortante et elle prend racine en Occident.
D'autre part il existe un phénomène de mode en occident qui est le bouddhisme. Une chose amusante est qu'en Asie on n'aime pas tellement l'idée de réincarnation parce qu'on voudrait plutôt que la roue de l'existence cesse et avec elle le cycle des souffrances. Mais en Occident, il semble que l'on aime cette idée. Il y a donc une différence de mentalité entre l'Occident et l'Orient. C'est un fait que l'idée de réincarnation avec la notion de continuation qu'elle implique est actuellement très populaire.
Solution1 : Dans la théorie de la réincarnation, l'homme est livré à lui même pour se délivrer de sa nature déchue, il doit par des moyens naturels parvenir à une vie surnaturelle, contrairement à ce que propose la doctrine de l'église catholique selon laquelle, l'homme en obtenant la grâce participe à la vie divine, Dieu descend dans nos âmes pour nous sanctifier.
Solution2 (faisant office de conclusion) :
Le chanoine Vernette observe avec justesse que la théorie de la réincarnation apparaît dans les différentes religions
non pas à leur naissance ni à leur âge d'or, mais plutôt à leur déclin. Elle trahit une certaine usure, elle marque la
fin d'un temps. « La croyance à la réincarnation semble apparaître au moment de grandes crises du sens : quand on cherche
une nouvelle réponse "religieuse" aux questions métaphysiques sur l'origine et la fin de l'homme, sur le mal et la
souffrance ». La religion officielle s'essouffle et devient impuissante à répondre aux inquiétudes de l'homme.
Celui-ci se réfugie alors dans la réincarnation.