La nécessité de l’action ne fait aucun doute. En son temps, Saint Pie X l’affirmait déjà : « Il importe peu, en vérité, d’agiter subtilement de multiples questions et de disserter avec éloquence sur droits et devoirs, si tout cela n’aboutit pas à l’action. L’action, voilà ce que réclament les temps présents. » (encyclique E Supremi Apostolatu). Pie XII nous prévenait encore : « Le premier point à se rappeler est la nécessité de l’action. Toute attitude d’acceptation passive des événements, de laisser-aller, toute forme de quiétisme inerte est à rejeter. ». L’action est nécessaire car nous connaissons aujourd’hui un véritable état d’urgence. La société est en crise (éclatement de la famille, perte des repères, violence, déliquescence de l’art…) ; l’Eglise ne l’est pas moins (baisse de la foi et de la pratique religieuse, diminution du nombre de prêtres...).
Dans cette situation, la perte de la foi est assurément la chose la plus grave car, comme l’a dit Jésus-Christ : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc, 16,16). De là résonne dans nos âmes la parole de Saint Paul : « Comment croiront-ils si personne ne leur prêche ? ». Baptisés, nous avons reçu la foi comme trésor. Confirmés, nous sommes devenus aptes à la professer. Nous sommes donc quelque part responsables du salut de notre prochain. Mais, que faire concrètement ? et comment le faire ?
L’action apostolique, et d’une manière générale, toute action, doit consister à traduire en acte la charité qui est en nous. En effet, comme le dit le Père Noble, « toute action procède d’un amour. Il n’y a pas d’action qui ne soit commandée par la convoitise d’un bien dont cette action même doit entreprendre la conquête ». Pour le chrétien, le moteur de son action, c’est Dieu. Dieu qui est présent dans son âme par la vie de la Grâce (donnée au baptême, recouverte et développée par les sacrements). L’action sera donc le fruit de la charité : agir comme Dieu le veut, par amour pour Lui. Car Dieu veut des preuves de notre amour : « Je suis le Dieu jaloux » et les oeuvres sont nécessaires au salut : « C’est par les œuvres que l’homme est justifié et non par la foi seule…Comme le corps sans l’âme est mort, de même la foi sans les œuvres est-elle morte. » (Jacques, 2, 24). L’action apparaît donc comme le moyen concret de faire régner l’amour de Dieu en nous dans la mesure où l’acquisition de la vertu (par la répétition d’actes bons) produit un accroissement de la charité, un approfondissement de l’amitié avec Dieu. Par la prédication, l’exemple, la communion des saints, l’action est aussi un moyen concret de faire régner l’amour de Dieu en notre prochain.
Nous avons vu que l’homme agit toujours en fonction d’un certain bien qu’il désire. Encore faut-il donc, pour l’action, bien connaître le bien à atteindre. D’où l’importance de la formation, de la prière et des sacrements, en un mot, de la vie contemplative. La vie contemplative, appelée aussi vie intérieure, consiste à regarder, à admirer et à aimer les plus grandes vérités et en particulier, celui qui est la Vérité, l’auteur de toute vérité et la source de tout bien, Dieu. Alors que l’action nous fait nous tourner vers les choses extérieures (le monde, nous-même, autrui…), la contemplation nous porte elle directement vers « Celui qui suit », Dieu, l’Eternel, l’Ineffable. Elle est donc en elle-même plus sublime, plus parfaite que l’action. Par la contemplation, nous tendons en effet à ressembler à Dieu le Père, qui de toute éternité, génère le Fils par la contemplation de lui-même et engendre le Saint Esprit. Jésus-Christ nous a lui-même montré l’exemple, menant trente ans de vie cachée, jeûnant et priant dans le désert, avant sa vie publique faite de prédications et de miracles. Pensons également à l’épisode de Marthe et Marie dans l’Evangile. Marie, la contemplative, possède selon le mot du Christ, « la meilleure part ». Enfin, la contemplation est un avant goût du Ciel où nous verrons Dieu.
L’action doit donc être en pratique subordonnée à la contemplation en ce sens où elle lui est inférieure par essence. Ecole de vertu, la vie active dispose à la vie contemplative. C’est le mot de Saint Grégoire : « Ceux qui veulent occuper la citadelle de la contemplation doivent s’éprouver sur le champ de bataille de l’action ». Action et contemplation sont donc mutuellement nécessaires. L’union de ces deux vies est en cela excellente et féconde. Elle produit les plus grands saints. Elle constitue le véritable apostolat, d’après Saint Thomas. Par la contemplation, l’âme se nourrit ; par l’apostolat, elle se donne.
L’action au MJCF s’inspire de tous ses principes qui sont ceux de l’Eglise. Ayant un but surnaturel (l’apostolat auprès de la jeunesse), nous employons donc avant tout des moyens surnaturels (prière, sacrements, pénitence…). Nous ne dédaignons pas pour autant les moyens naturels dans la mesure où ils servent cette fin surnaturelle (distributions de tracts, affichages, campagnes d’information, ventes de Savoir et Servir…). Les actions d’éclat ne sont pas non plus à exclure si elles sont menées avec panache pour l’honneur de Dieu. L’action est avant tout un état d’esprit qui se retrouve dans les petites choses, dans la vie de tous les jours. « Qui sera fidèle dans les petites choses, le sera dans les grandes », nous dit l’Evangile. La véritable action doit toujours échapper à deux écueils : l’activisme et l’angélisme. Nous nous efforçons donc de développer la « contempl’action », l’essentiel étant d’accomplir son devoir pour la plus grande gloire de Dieu, selon les circonstances où la Providence nous a placés.

« Les hommes d’armes combattront, mais Dieu donnera la victoire » (Sainte Jeanne d’Arc)
« Contempler et livrer aux autres le fruit de sa contemplation » (Devise dominicaine)